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DNA – Dernières Nouvelles d’Alsace

lundi 2 novembre 2009, par aguy

La compagnie Le P’tit Cirk a monté son chapiteau à Phalsbourg pour y donner rime au son de bandonéons et autres clowneries musicales.
Le chapiteau du P’tit Cirk est solidement posé à terre comme tout chapiteau de cirque. Mais à bien y regarder un chapiteau a, de loin, des allures de chapeau. Oui Tok veut dire chapeau en breton.

La raison du cirque est la plus forte et la plus belle.
Et quand on sait ce qu’un coup de vent sait faire avec un chapeau on peut s’attendre à beaucoup. Sauf qu’avec Tok la tempête et la fantaisie est sous le chapeau. Voilà un spectacle où on entre sans « toker » pour être enveloppé dans une ambiance feutrée de tendresse. Les artistes ont travaillé à partir d’images de leurs corps dans un univers de trois fois rien. Ils ont su transformer ces deux dimensions en une troisième représentée par l’émerveillement… Le spectacle se joue sur une place délabrée : un cercle entouré d’une palissade avec une porte en planches grossières. A droite, un kiosque à musique ouvert à tous les vents, vents musicaux bien sûr ; à gauche un lampadaire flirtant avec le dôme du chapiteau. Arrivent petit à petit les « tokés » du P’tit Cirk : le groom et son calot rouge, un musicien et sa toque casaque et blanche, un éméché avec son melon aussi rond que lui, et une madame loyale, colonelle russe au képi rouge colère.
Ils ne parlent pas avec des mots mais tout est parlant en eux : les mimiques, les regards, les déplacements des corps et la musique. Cet univers, pourtant dénudé, devient objet à cirque. La palissade se métamorphose en castelet, le lampadaire en trapèze, le kiosque en boîte à musique, la housse d’un violoncelle en tapir.
La colonelle veut bien mettre un peu d’ordre dans tout cela mais la raison du cirque est la plus forte et la plus belle aussi. Les personnages sont tour à tour happés par les lois contraires à la pesanteur : la colonelle chante à l’envers sur le trapèze, l’éméché est de mèche avec le groom pour écrire des belles boucles trapézoïdales, et le musicien s’emballe avec des instruments biscornus. Une fois dans les airs, musicaux et célestes, le petit monde du P’tit Cirk a du mal à reposer les pieds sur terre, en témoigne leur descente tout en douceur du trapèze...

Une volonté de mettre au service du beau la performance physique.
Tok est du spectacle de grand art car pour arriver à cette parole de cirque enchantée, le travail est immense. On le perçoit non seulement dans les trouvailles travaillées jusqu’au confinement de l’anodin mais aussi dans une maîtrise des corps. Les mimiques sont précises et collent à la peur des personnages. Les acrobaties sont si belles qu’on en oublierait la force mise en œuvre qui disparaît ici comme un souffle.
La force poétique de Tok vient bien sûr de la délicatesse de ses scènes mais repose sur une volonté de mettre au service du beau la performance physique. Les spectateurs du festival de Phalsbourg ne s’y sont pas trompés : ils se sont levés comme un seul homme pour une ovation à vous emporter les chapeaux. Oui, chapeau donc, très grand coup de chapeau pour Tok !